La solitude est, avec la brièveté de la vie, une des dimensions de la condition humaine les plus pénibles à admettre. En effet, l’homme ne peut que difficilement s’y résoudre. L’essentiel de l’aliénation dont chacun est victime trouve d’ailleurs sa source dans les mille et une ruses religieuses, politiques, économiques, familiales, sentimentales. Parce qu’elle vise à nous faire croire que nous ne sommes pas seuls. En nous assignant des tâches, en suscitant en nous des désirs, en nous fournissant des occasions de nous distraire avec d’autres. Mais aussi en nous immergeant dans des foules parmi lesquelles nous nous croyons entouré et protégé, en nous enivrant de mille et une façon, en nous faisant dialoguer avec un Dieu.

Et pourtant, même si nous sommes croyant, même si nous sommes entourés, aimés, soutenus par des amours, des parents, des amis, aussi sincères soient-ils. Nous sommes seuls. Même si ceux qui nous aiment nous apportent tendresse, soutien, consolation, etc. Personne ne peut nous soustraire à la solitude inhérente à la condition humaine.

neAssumons-le

Personne d’autre que nous ne peut exprimer notre raison d’être. En effet, personne d’autre que nous n’est habilité à définir nos aspirations. Ou encore à choisir notre projet de vie. Parce que personne ne peut mieux que nous choisir ce que nous voulons être dans dix minutes, dans deux jours ou dans dix ans.

On trouve alors le courage de ne compter sur personne. D’oser de rien attendre des autres: ni amour, ni argent, ni soutien. Pas plus de sa famille, de ses amis, de ses relations, que de quelques sauveurs que ce soit.

Ne rien attendre de ceux qu’on aime ne veut pas dire qu’il faille les négliger. Au contraire, il faut leur dispenser de l’amour sans attendre en retour. En effet, ne rien attendre de ses amours est ne pas s’introduire une dimension d’intérêt dans l’affection qu’on leur porte. Ne rien attendre de ses relations est ne pas les considérer comme un réseau de soutien mais comme un réseau de confiance mutuelle et d’échange.

Ne rien attendre s’est s’ouvrir à plus de possibilité

La position qui me semble la plus juste à adopter, lorsque l’on souhaite rester sans attente et sans désir vis-à-vis des autres est d’une part, un constat. Lorsque l’on attend rien de particulier des autres, on peut recevoir beaucoup de choses. En effet, tous les possibles sont ouverts et même des choses auxquels nous ne nous serions peut-être pas donner la permission d’imaginer. Alors que si l’on attend quelque chose de précis, nous ne pouvons recevoir que cette chose ou la déception de ne pas l’avoir reçu. Si l’on attend rien, nous ne sommes pas déçus. Car nous sommes seulement ouverts et réceptifs à recevoir tout ce qui s’offre à nous de bénéfique.

Et si certaines personnes ne sont pas en mesure de nous donner ce dont nous ressentons avoir le besoin. Il ne faut pas les blâmer pour cela. Elles ne peuvent pas ou n’en sont pas capables. C’est à nous de nous résigner et de nous diriger vers d’autres personnes qui nous nourrissent “sans effort” et échangent avec nous d’une manière fluide et naturelle.

Cela veut dire aussi qu’il faut craindre que le pire puisse venir des autres y compris de ceux dont on pourrait espérer aide et compréhension. Et que ce pire est même probable. Parce que la solitude fragilise face au Mal. Il y a en chacun de nous une part d’ombre et une part de lumière. C’est pourquoi, le voir et l’accepter chez soi, comme chez les autres, permet de s’adapter au mieux à son environnement. Prendre conscience de sa solitude conduit donc à prendre la mesure de ce qui menace, et pousse à devenir un peu paranoïaque.

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