Pourquoi c’est important de se dire bonjour ?

bonjourDire bonjour est un rituel, et trop souvent nous oublions que ce n’est pas seulement cela. Saluer machinalement nous dessert. C’est pourquoi, apprenons à prendre le temps de sentir, de rassembler notre présence à nous-même et à l’autre. L’intonation, le volume, le chanté d’un bonjour disent tant de chose. Un bonjour n’est pas anodin, vous dites qui vous êtes et quel genre de relation vous vous sentez prêt à établir avec cette personne. On dit que tout se décide dans les premiers instants.

En effet, le salut est l’unité de base de la reconnaissance de l’existence de l’autre. Il marque le respect au sens originel du terme. C’est pourquoi, si vous pensez qu’il ne sert à rien de saluer des individus avec lesquels vous ne passez que quelques secondes entre deux étages et que vous ne reverrez probablement jamais. Souvenez-vous de votre humeur après un voyage en ascenseur sans parole, ni regard échangé et de celle qui vous anime si on vous dit bonjour et bonne journée?

“Dire bonjour correctement, c’est voir l’autre personne, prendre conscience d’elle, se manifester à elle et se tenir prêt à ce qu’elle se manifeste à soi.” Eric Berne

bonjourD’autre part, dire bonjour, c’est voir l’autre. Le reconnaître l’accueillir, lui manifester de l’estime, lui donner une place dans notre paysage. Être présent à l’autre fait toute la différence d’un simple salut. Dire un vrai bonjour nécessite de prendre quelques instants pour plonger en soi et sentir ce qu’il se passe, nettoyer les résidus de notre passé, balayer les attentes. Présence à soi puis à l’autre, ici et maintenant. En effet, nous pouvons avoir toutes sortes d’attentes envers autrui.

Nous laissons rarement l’autre libre d’être qui il est. Notre histoire personnelle nous influence. Nos expériences passées, notre imaginaire mettant en scène nos émotions refoulées, nos projections mentales, les préjugés véhiculés par l’entourage. Ensuite, ils nous conduisent hors de notre conscience à avoir des attentes quant aux comportements, aux pensées et aux sentiments des autres. Pour rencontrer une personne, nous avons tout intérêt, à mettre de côté nos attentes pour la laisser libre d’être qui elle est en cet instant.

Un échange de reconnaissance

Je souhaiterais vous faire partager une théorie des relations humaines qu’expose Eric Berne dans son livre « Des jeux et des hommes ». Cette approche propose de regarder l’échange entre deux individus lorsqu’ils se disent bonjour. Il met en avant nos banales conversations avec notre voisine, qui peuvent être très brèves et superficielles, en un moyen d’échanger « symboliquement » des caresses. Voici un premier exemple, qui nous permettra, par la suite, de mieux saisir ce nouveau concept:

ob_9e7240_1808260-salutation-deux-jeunes-belles-femmes-cont.jpgQuand Laure et Audrey se croise :

  • Laure : “Bonjour”
  • Audrey : “Bonjour”
  • Laure: “Comment allez-vous ?”
  • Audrey: “Très bien. Et vous ?”
  • Laure : “Ça va, merci”
  • Audrey : “A très bientôt”
  • Laure : “Au revoir”
  • Audrey : “Au revoir”

bonjourSelon Eric Berne, il existe une information cachée dans cet échange banale. En effet, Audrey pourrait, lors de cette rencontre, prendre un quart d’heure afin d’expliquer à Laure comment elle va « réellement ». Cependant, la relation qu’elles entretiennent n’est pas encore assez intime pour que Laure accepte de l’écouter ou de s’intéresser plus en détail à sa vie privée. En effet, elles ne se connaissent pas assez pour échanger l’une et l’autre leur vie intime. D’autre part, un simple «bonjour», aurait était trop léger aussi pour leur relation.

On peut donc supposer que chaque relation avec autrui possède son nombre de caresses à échanger. Ce quota peut varier ou évoluer en fonction des affinités, des circonstances, des échanges, des liens, etc… Selon Eric Berne « Ce rituel est fondé sur de soigneuses évaluations intuitives émanant des deux parties. Au stade où en sont leurs relations. » Ainsi, Laure et Audrey estiment, inconsciemment que 4 caresses suffisent à leur échange. Et cela pas plus d’une fois par jour. En effet, si elles se recroisent par hasard dans la même journée (exemple au bureau de travail), elles ne s’échangeront aucun signe, voir un regard (léger signe de reconnaissance).

Autre exemple

Eric Bern propose un autre cas de figure. Par exemple, Stéphane et Julien s’échangent chaque matin, un très polie «bonjour», ce qui équivaut à une caresse chacun. Lors du mois de juillet, Julien s’absente pendant deux semaines pour cause de congés vacances. Si à son retour Stéphane lui échange que son habituel «bonjour» (1 caresse) Julien en sera affecté, car contenu de son absence il aurait dû à son retour s’échanger une quinzaine de caresses :

ob_dc9d98bdde8b448440f84da347c9ef51_salutations-300x225.jpg Quand julien et Stephane se retrouve:

  • Julien : “Bonjour” (1 caresse)
  • Stéphane : “Bonjour, vos vacances se sont bien passées ?”  (3 caresses)
  • Julien : “Oh, oui! bla bla bla, bla bla bla…”
  • Stéphane : “Le Perou! Génial, c’est comment là-bas?” (5 caresses)
  • Julien : “Et bien, nanani nanana….”
  • Stéphane : “Et bien ça me fait plaisir de te revoir” (4 caresses)
  • Julien : “A moi aussi, bye”
  • Stéphane : “Bye”

Stéphane et Julien n’ont échangé que 13 caresses sur 15, mais ce n’est pas très grave pour leur relation puisqu’ils savent mutuellement que dès demain leur compteur «caresse» sera à nouveau augmenté! Ce qui est intéressant, c’est que les jours suivant, ils vont reprendre leur très polie «bonjour». Néanmoins, avec ce nouvel échange ils se connaissent mieux et savent maintenant qu’ils pourront se fier l’un à l’autre. Ce qui pourrait s’avérer utile dans le futur si une rencontre sociale se crée entre eux.

Respecter l’espace vitale

bonjourChacun est entouré d’une distance personnelle de sécurité. En effet, quand une personne inconnue s’approche très près de nous, un stress se déclenche. Nous nous mobilisons sur nos gardes, nous éprouvons crainte, gêne, voir colère. Deux grands motifs autorisent la proximité: l’amour et le combat.

Cette bulle n’est pas consciente, elle est beaucoup dans la sensation d’être bien ou mal avec une personne. C’est pourquoi, si votre interlocuteur respecte la même distance que vous, tout va bien, vous vous sentez en sécurité et à l’aise. En revanche si vos bulles sont très différentes, toutes sortes de pensées, impressions et sentiments plus ou moins agréables affleurent.

C’est pourquoi, en allant trop vite les uns vers les autres, nous pouvons méconnaître les micro-signaux qui peuvent nous informer de la présence des frontières de nos interlocuteurs. En effet, si vous passez la frontière de la bulle de l’autre sans dire un mot, son comportement se modifie, il est sur ses gardes. Verbaliser le salut lorsque nous arrivons au contact de l’espace vital de l’autre le rassure sur nos intentions. Néanmoins, avant de parler, intéressons-nous au temps du pré-contact.

bonjourLe Regard

Le contact visuel est le tout premier contact. Préliminaire au contact verbal, c’est le temps du pré-contact. Celui au cours duquel on se mesure, on se jauge. Le contact oculaire donne ou non la permission d’un contact verbal. Empreint de peur, le regard peut se faire juge mais calme et posé il invite à la rencontre. Ainsi, le regard permet de vérifier la disponibilité de l’autre, tester son ouverture et éviter d’essuyer un refus. C’est pourquoi, lorsque vous rentrez dans une salle remplie de plusieurs groupes d’individus, prenez le temps de balayer la salle du regard dans le but de voir avec qui vous créez un contact visuel. Cela vous indique “à ce moment” qui est disponible pour vous accueillir et que vous êtes bienvenu à rentrer en contact avec cette personne.

bonjourAprès le regard, la voix

Si vous avez pris le temps de respirer, de prendre conscience de vous-même et des personnes qui vous entourent, votre voix aura naturellement le bon volume, la bonne puissance, sera posée à la bonne distance et prendra la juste inflexion. Il est naturel d’adapter le volume à la distance entre deux personnes. Cependant, un salut trop fort à la cantonade dit “c’est moi qui suis important”.

Même en privé, sans public, certaines personnes, trop centrées sur-elles-même, ne s’ajustent pas. Elles vous accueillent invariablement d’un ton enjoué. Elles n’ont pas “calculé” que vous êtes inquiet, stressé, en deuil ou anxieux. Comme si elles ne vous voyaient pas. Leur salut semble dire “je vais bien, tout va bien”. En réalité, il dit tout à la fois “Regarde comme je suis gentil, enjoué et d’agréable compagnie, j’ai besoin de ton regard, apprécie moi s’il te plait”. L’ennui est que cela ne marche pas.

bonjourUne poignée de main

La fermeté de la poignée de main à son importance. Il vous arrive de sentir dès le premier bonjour que “ça ne passe pas” entre vous. Les mains qui vous saisissent que le bout des doigts. On reste avec une sensation d’inachèvement, il manque quelque chose. On ne se sent pas considéré pleinement.

Une bonne poignée de main dynamique, ferme, chaleureuse mais mesurée pour être en harmonie et en accord avec votre interlocuteur.

ob_8fab61_1186903-10151698455359355-330953815-n.jpgLa bise

Une, deux, trois, quatre? Le nombre de bises que nous posons est identitaire et culturel. En effet, les bises sont tellement rituelles qu’elles ont souvent perdu leur sens. On s’embrasse par automatisme. Souvent les bises atterrissent dans le vide. Elles sont plus ou moins sonores, elles sont rarement vraiment des baisers.

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