Trop dans le mental et pas assez dans son corps

Avez-vous conscience de vos stratégies pour ne pas ressentir vos émotions ?

wir.skyrock.gifLa toute première étape serait, dans un premier temps, de prendre conscience de votre corps et de ses manifestations.

Essayez de focaliser votre attention, durant toute une journée, sur ce qui se passe en vous. Commencez d’abord sur vos sensations corporelles, puis plus tard sur vos émotions…

Exemple:

Alors que vous lisez cet article, prenez un instant pour “écouter” votre corps. Mettez des mots sur vos sensations corporelles : “J’ai chaud”, “j’ai froid ” , ” je sens des picotements dans mon pied droit”, ” je ressens une tension dans la nuque, mon cœur bat ” , …

Ne pas ressentir c’est être coupé de soi. Notre esprit (le mental) nous donne beaucoup d’information sur l’environnement, ce que l’on n’aime, ce que l’on n’aime pas, ce que l’on voudrait faire, etc. Nos sens, nous donnent aussi des indications sur le monde qui nous entoure et sur nous-même.

onychophagie-femme-300x292.jpgOr, beaucoup de personne ne savent pas que parler vite, se ronger les ongles, fumer une cigarette, etc. permettent de dissimuler une émotion et ne pas percevoir ce qu’il se passe en soi. Ces comportements sont automatiques et inconscients. La stratégie est, je me donne une stimulation pour distraire mon attention.

Pour stopper le flux de nos émotions, nous arrêtons de respirer naturellement en bloquant le diaphragme, comme si nous faisions un nœud au niveau du ventre.

Certains comportements peuvent prendre la place d’une émotion au point d’en annuler toute conscience. Quand la personne est consciente de juguler quelques choses en elle, elle appelle volontiers ses sensations: angoisse. Un mot générique qui englobe son ressenti, et maintient dans l’inconscient les véritables émotions cachées.

Voici, la liste de quelques manifestations typiques de refoulement d’une émotion:

burn-outJe bloque souvent ma respiration
Je bois beaucoup de café
Je me ronge les ongles
Je tapote des pieds ou sur mon stylo
Je compte dans ma tête
Je ne pourrais pas vivre sans cigarette, alcool, sexe, médicaments, sucre, télévision, internet, travail…
Je roule très vite en voiture
Je me replie sur moi, je m’isole
Je m’active au ménage, ma maison est toujours impeccable
Je parle très vite

Les stratégies sont diverses, elles se reconnaissent à la compulsion. Votre réaction est comme automatique, nécessaire, vous avez du mal à vous en empêcher. Tout est bon pour effacer l’émotion, occuper le corps, les sens et l’esprit.

Stratégies d’évitements émotionnels

Je ne montre rien

alexithymie1.jpgSur une petite route à deux voix surgit un danger. Deux voitures côte à côte, l’une en train de doubler l’autre. Pour Sandrine, le temps s’arrête. Sous l’effet de la peur tous ses muscles sont mobilisés et ses sens en alerte, elle vit chaque milliseconde de l’accident comme si ses facultés étaient démultipliées. “Bim” Choc, “Bam” double choc… Elle a donné le bon coup de volant. Son véhicule est en miettes. Mais, elle est en vie.

Tous sortent péniblement de leurs véhicules, choqués mais indemnes. Sandrine réalise enfin que le danger est terminé, elle s’appuie contre sa voiture, se met à trembler et à hurler. Elle crie pour exprimer sa peur, se libérer de ses tensions.

Fred, lui, fait le fort. En regardant Sandrine, il ne comprend pas cette façon de se donner en spectacle. Fred ne nie pas qu’il ait eu peur au moment du choc. Mais à quoi bon hurler ainsi, alors qu’ils sont sain et sauf ?
ob_b28c6a17bcdb84d91fd3cecbf37acf3c_photo-benahin-4.jpgAprès quelques minutes de pleurs et de tremblements, le calme revient dans l’organisme et le psychisme de Sandrine. Pour elle l’incident est clos. Dans quelques heures, elle pourra reprendre un volant et conduire avec confiance.

Fred est resté de marbre. Faute d’être reconnue et exprimée, la tension s’est imprimée en lui. Il va faire des cauchemars pendant des mois, revivant l’accident dès qu’il fermera les yeux. Comme il refuse de prendre conscience de l’impact émotionnel de l’événement, son inconscient le lui représentera nuit après nuit…

Pour la plupart des gens, il est inconvenant de montrer ses émotions en public. Même quand ils sont appropriés, après un accident grave, un choc affectif, une rupture ou un deuil. On admire la veuve qui suit, stoïque et digne, sans une larme, le cortège funèbre de son marie. “Elle est forte”. Comme si le courage se mesurait à l’absence d’affect.

160328091350681609Même les explosions de joie dérangent. Si, après avoir décroché un gros contrat, vous sautez de joie en criant, on vous regardera de travers. “Tu es bien excité, calme-toi !”

“Chut, tais-toi! N’aies pas peur, ne pleures pas, ne te mets pas dans des états pareils…”. Il faudrait rester doux et tranquille en toute circonstance, jamais un mot plus haut que l’autre. D’où vient que l’émotion est dérangeante?

Le déni des émotions sert la passivité, la déresponsabilisation et le maintien du statu quo. Les émotions font peur parce qu’elles nous confrontent à une réalité qu’on préfèrerait ne pas voir, elle nous oblige à la vérité.

Je n’ai pas de problème

l_15f7ad35869548e5b76abfcd8bac1473.jpgCertains ont si peur de leurs affects qu’ils refusent de répondre aux remarques d’autrui ou aux demandes de leurs enfants. Ils taisent leur intimité : “Ça me regarde”. D’autre ne ressentent tout simplement plus rien, n’ont plus d’accès conscient à leurs émotions et n’ont jamais entendu dire que l’on pouvait vivre autrement.

“Je n’ai pas de problème” est alors un équivalent de “je ne veux pas me poser de questions”. Ce n’est pas la meilleure voie pour trouver des réponses. On peut faire taire un temps les angoisses existentielles en travaillant dur ou en jouant au bridge, mais elles vous rattrapent un jour. Elles s’inscrivent dans le corps ou étreignent votre descendance.

Ceux qui vous annonce “je n’ai pas de problème” sont-ils heureux? Je ne pense pas. Il est vrai qu’ils ne le savent pas. Ils n’ont peut-être jamais goûté au vrai bonheur. Ils préfèrent l’illusion de sécurité que confère une identité figée “je suis comme ça”. Ils se sont résignés et suivent la route qui leur est tracée. Ils pensent que la vie est ainsi faite. Jusqu’à ce qu’ils tombent amoureux ou malades. D’autres ont moins de chance et découvrent le monde des émotions par l’intermédiaire de la souffrance. Faillite, chômage, divorce….

Je ne sens rien

cyberman-moitie-homme-moitie-robot-baDe nombreuses recherches ont montré que les gens apparemment inexpressifs sont en réalité plus réactifs physiologiquement que les autres. Inhibent-ils leurs réactions émotives ou ne ressentent-ils rien? Certaines personnes se défendent de “l’accusation” de dissimulation et disent ne plus rien ressentir. A moins d’être un yogi très entraîné, il est impossible de contrôler consciemment la température de sa peau, les pulsations de son pouls,…

C’est donc un fait avéré, ils vibrent sous la carapace. Durs à l’extérieur, ils sont tendres à l’intérieur. Ils présentent un visage neutre, ils nient le stress mais réprimer, consomme beaucoup d’énergie et altère leur conscience de la réalité.

Développer votre conscience émotionnelle

La conscience émotionnelle est la capacité à ressentir et reconnaître les émotions (les siennes et celles des autres). Cette conscience peut-être plus ou moins développé selon les personnes. On peut la représenter sous forme d’échelle:

1. L’Engourdissement

formation-intelligence-emotionnelle-e1424974891632A ce niveau, il n’y a aucune conscience de l’émotion, ni sur le plan physique, ni sur le plan psychique. Il s’agit d’un état de choc que l’on peut vivre suite à un traumatisme grave (personne ayant frôlé la mort, attentats, témoin de décès brutaux…)

2. Les Sensations Physiques

A ce stade, les personnes ont consciences des sensations, de l’impact physique des émotions (maux de tête, tachycardie, mains moite, bouffé de chaleur,…) mais pas de l’émotion elle-même. Les personnes se plaignent des symptômes physiques mais elles n’arrivent pas à faire le lien avec un élément affectif.

3. L’Expérience Primaire

Ici, les personnes ressentent une énergie perturbatrice mais elles ne sont pas capables d’identifier les émotions (Et ce qu’elles vivent de la peur, de la colère, de la culpabilité?) Elles sont bouleversées, elles peuvent dire qu’elles sont émues mais ne peuvent pas définir de quelles émotions il s’agit.

intelligence-emotionnelle4. La Différenciation

A ce stade, les personnes sont capables de distinguer les émotions courantes qu’elles ressentent comme la joie, la colère, la peur, la honte,… ainsi que leur intensité. Elles peuvent donc mieux parler de leurs émotions et de ce qu’elles ressentent puisqu’elles sont capables d’identifier ce qu’elles vivent et de le nommer.

5. L’Empathie

Une fois que l’on est capable d’identifier et de nommer ses propres émotions, on devient également capable de le percevoir chez les autres. Cela resserre les liens et la relation car l’on devient davantage capable de considérer l’autre dans son être, et donc de communiquer, d’échanger, d’écouter son interlocuteur de manière plus adéquate en prenant compte de ses ressentis.

6. L’Interactivité

A ce niveau, on peut utiliser les émotions pour favoriser les interactions. On regarde les émotions partager avec les autres avec plus de recule et on cherche davantage à s’entourer de personnes avec qui on partage des émotions comme de la joie, le plaisir, l’humour,… mais aussi, on apprend à accepter les émotions plus désagréables. Par exemple, si son conjoint se met en colère, on regarde et on accepte son émotion pour mieux l’accueillir c’est-à-dire, qu’on lui permet de l’exprimer pour pouvoir passer à autre chose.

Tout le monde peut y arriver, à vous de regarder dans quelle étape vous vous situez et d’apprendre à écouter ce qui se passe en vous, avec le temps vous y parviendrez surement!!! En faisant cela, vous apprendrez certainement beaucoup de chose sur vous-même…

Cet articles est un extrait du magnifique et merveilleux livre “L’intelligence du coeur” d’Isabelle Filliozat. Que je vous recommande chaleureusement.

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